Etape 3, du Krak à Tartous
Mecredi 30 avril.
Mon chauffeur de microbus est venu me chercher à l'hotel, vraiment trop fort. Il n'a pas hésité à venir de Homs pour m'emmener à Tartous, maintenant qu'il est là, difficile de lui dire de repartir, en plus il est plutôt sympa et à force de gestes, d'arabe et d'anglais on arrive à bien rigoler (surtout devant la tête de l'autre quand il ne comprend pas ce que l'un de nous veut lui dire). Aprés avoir négocié le prix "raisonnable" du transport, je fais un premier arrêt au Krak pour y refaire un dernier tour.

Croisée d'ogives dans la salle des chevaliers.

Citation en latin dans l'épaisseur d'une fenêtre qui dit ceci:
Que tu aies l'abondance
Que tu aies la sagesse
Que la beauté te soit donnée
Mais garde toi de l'orgueil qui ternit tout ce qu'il approche.
C'est joli non , et tellement vrai !
Le Qalaat al-Arayma.
Planté sur une colline boisée d'oliviers et de chênes, il ne reste malheureusement pas grand chose de cette forteresse, et n'offre donc pas un intérêt particulier si ce n'est d'être à mi chemin entre le Krak et Tartous, il aurait été dommage de ne pas m'y arréter.
Petit détail sympathique, il semblerait bien que les ruines de la forteresse soit le lieu favori des jeunes du coin pour venir y folâtrer.
On ne connait pas la date de construction de cette forteresse dont le but était la défense de Tartous. On sait par contre qu'en 1148 la place appartenait au comte de Tripoli Raymond II, arrière petit-fils du grand Raymond de Saint-Gilles, comme en témoigne l'épisode suivant.
Durant cette année 1148 donc, le comte de Toulouse, Alphonse- Jourdain et son fils Bertrand, vinrent en Syrie pour exprimer leurs droits sur le comté de Tripoli, en temps qu'heritiers occidentaux de Raymond de Saint-Gilles.
Raymond II, loin d'être en accord avec les vues et prétentions du comte de Toulouse et de son fils, fait empoisonner Alphonse à Césarée.
Bertrand , peu de temps aprés le décés de son père, décide néanmoins de s'implanter dans le comté en s'emparant d'Arima.
En septembre, pour se débarrasser de cet importun, Raymond II n'hésite pas à faire appel Au Sultan Nur al-Din.
Bertrand se défendit vaillamment mais dut se rendre et croupit 12 ans dans les geôles alépines .
En 1171, leSultan Nur al-Din s'empare de nouveau de la citadelle.
Le site appartient ensuite aux Templiers, plus aptes à défendre ce genre de position exposée.
Saladin l'occupe temporairement en 1187, et sera définitivement perdu en 1291.
Les vestiges de cette citadelle, se limitent malheureusement à quelques pans de murs et moignons de tours émergeant ici et là de la végétation.

Vue du site depuis la route.

En haut de la tour sud ouest avec au fond la mer.

D'ailleurs puisqu'on en parle, la tour sud ouest.

Une salle voutée vue de l'intérieur ...

... et de l'extérieur.

Un étonnante marque, un M surmonté d'une croix sur le parement extérieur de la salle voutée.

Une pierre de réemploi portant des inscriptions en grec, provenant certainement de la démolition d'un ancien temple.
TARTOUS (Tortose) la vieille ville.
Il ne reste aujourdh'ui malheureusement pas grand chose de l'ancienne citadelle des Templiers qui fût pourtant l'une des plus importantes édifiée par ces derniers.
La ville fût d'abord prise en février 1099 grace à la ruse de deux chevaliers de la suite du comte de Toulouse, Raymond de Turenne et Raymond Pilet.
Alors que la place était gardée par une forte garnison, ils allumérent à la nuit venue, de nombreux feux pour faire croire à une grande armée. Les défenseurs de la ville croyant avoir à faire à bien plus fort qu'eux, s'enfuirent en abandonnant la ville aux croisés.
La cité ne devait pas alors revetir une grande importance, puisqu'il ne devait y rester qu'une faible garnison, si bien que la ville fut peu de temps après reconquise par les Banû Ammar de Tripoli.
En février 1102, aidé par une flotte Génoise, Raymond de Toulouse reprendra la ville.
En 1152, Nur al-Din enleva momentanément la ville, les Templiers la reprennent et consolident l'ensemble. Excellente idée, car la ville sera attaquée sans succés en 1180 par une flotte égyptienne, puis, du 3 au 11 juillet 1188, c'est Saladin qui viendra mettre le siége devant la ville, il saccagera la ville basse, mais échouera devant le donjon défendu avec acharnement par les chevaliers du Temple.
En 1282, un accord signé entre le sultant Qalaoun et les templiers stipule que Tartous et sa région reviennent aux mains des Templiers, à condition qu'ils s'engagent à ne pas reconstruire les forteresses alentours.
Cette paix précaire trouvera son épilogue en 1291 avec la chute définitive de la citadelle.
A savoir que la dernière possession templière sera l'île d'Arwad, à quelques centaines de mètres au large de Tartous. Cette île sera perdue à son tour en 1307, date fatidique.
Que reste t-il aujourd'hui de ce qui fût pourtant l'une des plus importantes places fortes édifiées par les Templiers ?
Trés peu de choses en fait, la vieille ville est occupée par un quartier populaire, où se mêlent constructions médiévales et modernes dans un imbroglio surréaliste, et il est difficile de dire à quoi se rapporte tels ou tels pans de mur ou vestiges de salle.
Je vous laisse juge.

Une porte, oui enfin là c'est pas trop dur non plus.

Les remparts côté mer.






La réincarnation d'un chevalier du temple peut-être.

Au hasard des rues lors de la recherche des vestiges ...


Ah ! Il semblerait que ça lui colle sous la semelle au monsieur ...

... une rencontre des plus sympathiques, ils voulaient absolument que je les prennent en photo.
Et franchement je suis bien content de l'avoir gardé cette photo, ils sont vraiment super tous les deux.
De plus je trouve qu'elle représente le visage de la Syrie "jeune et souriante", mais attention, avec papa qui veille sur son scooter.
manquerait plus qu'il s'appel Bachir.
Ma chambre d'hôtel est moyenne mais pas trop cher, 600 livres sans le petit déj. Par contre les draps sont vraiment courts, et j'ai l'impression d'avoir un parpaing en guise d'oreiller, c'est mon kiné qui va être content quand je vais rentrer.
Petit détail qui tue, les cafards sortent la nuit pour hurler, et pas de la petite blatte, non là c'est du costaud.
Mais je n'en suis pas encore là, cette aprés midi je vais visiter la cathédrale Notre-Dame.

Bon évidemment c'est pas Chartre, mais à l'époque des Croisades, Tartous était une ville très fréquentée , pour son pélerinage à la cathédrale Notre-Dame.
Saint Pierre y aurait célébré sa première messe et elle recelerait un portrait de la Vierge peint par Saint Luc lui même. Ce fut aussi le lieu où le jeune prince Raymond, fils ainé du prince d'Antioche Bohémond IV, fut poignardé en 1213 par des Ismâ'iliens.

La cathédrale en excellent état de conservation, est un chef d'oeuvre de l'art gothique en Orient.
Elle est aujourd'hui reconvertie en musée.

Minaret et clocher côte à côte, tout un symbole
Demain dure journée, direction les châteaux de Masyaf la citadelle des Ismâ'iliens, et retour sur Tartous par celui de Marqab.
A bientôt donc pour de nouvelles aventures.